Le
droit du travail au Maroc
Août 2004
Après
plus de 20 ans de tractations, le Code du travail a été
adopté en juillet 2003 et est en vigueur depuis juin 2004.
Le Maroc reprend dans ce texte, les principes fondamentaux de
l'OIT dont il a signé 7 des 8 conventions fondamentales.
Le Code du travail interdit ainsi toute atteinte aux libertés
et aux droits relatifs à l'exercice syndical au sein de
l'entreprise tout comme les discriminations quelles qu'elles soient
(race, sexe, handicap, religion, opinion etc.).
Ouverture
de l'entreprise
Toute
personne physique ou morale assujettie au code du travail et envisageant
d'employer des salariés, est tenue de le déclarer
à l'agent chargé de l'inspection du travail. Il
en va de même lorsque l'entreprise envisage d'embaucher
de nouveaux salariés, change d'activité, est transférée
à un autre emplacement ou occupe des salariés par
embauche temporaire etc.
Le
contrat de travail
La
période d'essai
En ce qui concerne le contrat à durée indéterminée,
la période d'essai est fixée à 3 mois pour
les cadres et assimilés, un mois et demi pour les employés
et quinze jours pour les ouvriers. Elle ne peut être renouvelée
qu'une seule fois. En ce qui concerne les CDD, elle ne peut dépasser
une journée au titre de chaque semaine de travail dans
la limite de 2 semaines lorsqu'il s'agit de contrats d'une durée
inférieure à 6 mois et d'un mois pour une durée
supérieure.
3 types de contrats
Trois types de contrats coexistent : le contrat à durée
indéterminé, le contrat à durée déterminée
et le contrat pour accomplir un travail déterminé.
Le CDD ne peut être conclu que pour le remplacement d'un
salarié, l'accroissement temporaire de l'activité
de l'entreprise si le travail, ou lors de l'ouverture d'une entreprise
pour la première fois ou le lancement d'un nouveau produit.
Une avancée doit être signalée dans la mesure
où le CDD ne fait plus l'objet de limitations ni dans la
durée, ni dans le nombre contrairement à ce qui
existait auparavant, de plus l'enchaînement des CDD n'entraîne
plus de conversion en CDI.
Les
obligations du salarié et de l'employeur
Le salarié est responsable dans le cadre de son travail
de ses actes, de sa négligence ou de son imprudence. Il
est soumis à l'autorité de l'employeur et doit respecter
les dispositions législatives ou réglementaires,
celles du contrat de travail, de la convention collective et du
règlement intérieur. L'employeur est tenu de prendre
toutes les mesures nécessaires à la protection de
ses salariés, au maintien des règles de bonne conduite
et bonnes moeurs et de communiquer aux salariés par écrit
lors de l'embauche, l'information relative au cadre de l'exercice
de leur travail (convention collective de travail, dispositions
relatives à la santé et à la sécurité,
règlement intérieur, le cas échéant)
etc. (art 24).
Flexibilité
et annualisation dans l'organisation du temps de travail
Dans les activités non agricoles, la durée normale
de travail est de 2288 heures par
année ou 44 heures par semaine. La durée annuelle
globale de travail peut être répartie sur l'année
selon les besoins de l'entreprise à condition que la durée
normale n'excède pas 10 heures par jour. Dans les activités
agricoles, la durée normale de travail est fixée
à 2496 heures par an. Elle est répartie par périodes
selon les nécessités des cultures suivant une durée
journalière déterminée par l'autorité
gouvernementale compétente après consultation des
organisations professionnelles des employeurs et des organisations
syndicales des salariés les plus représentatives.
La réduction de la durée de travail opérée
par la réforme (48h par semaine auparavant) n'entraîne
aucune diminution du salaire.
Les
heures supplémentaires
Si les 2288 heures de travail sont réparties d'une manière
inégale sur l'année, sont considérées
comme heures supplémentaires celles accomplies quotidiennement
à partir de la 10ème heure incluse. Sont également
considérées comme heures supplémentaires
de travail, celles effectuées annuellement à partir
de la 2289ème heure incluse. Elles donnent lieu à
une majoration de 25% si elles sont effectuées entre 6
heures et 21 heures pour les activités non agricoles et
entre 5 heures et 20 heures pour les activités agricoles
et de 50% si elles sont effectuées entre 21 h et 6 heures
pour les activités non agricoles et entre 20 heures et
5 heures pour les activités agricoles. La majoration est
portée à 50 % dans le premier cas et à 100%
dans le deuxième, si les heures supplémentaires
sont effectuées le jour du repos hebdomadaire du salarié,
même si un repos compensateur lui est accordé.
Repos
hebdomadaire et jours fériés
Le repos hebdomadaire doit être accordé le vendredi,
le samedi, le dimanche ou le jour du marché hebdomadaire
et de façon simultanée à tous les salariés
d'un même établissement (art 206). Il doit durer
au moins 24 heures allant de minuit à minuit. Sauf obligation
de service public, il est interdit aux employeurs d'occuper les
salariés pendant les jours fériés : 11 Janvier
(Manifeste de l'Indépendance), 1er Mai (Fête du Travail),
30 juillet (Fête du Trône), 14 Août (Journée
Oued Ed-Dahab), 20 Août (Révolution du Roi et du
peuple), 21 Août (Fête de la Jeunesse, anniversaire
du Roi), 6 Novembre (Al Massira Al Khadra/ marche verte), 18 Novembre
(Fête de l'Indépendance), 1er Moharrem (jour de l'an
musulman, en 2004 : 22 février), Aïd El Fitr (fin
du ramadan, en 2004 : 14 novembre), Aïd El Adha (fête
du mouton, en 2004 :
1er février), Aïd El Mawlid Annabaoui (naissance du
Prophète, en 2004 : 2 mai)
Le
congé annuel payé
Tout salarié a droit, après 6 mois de service continu,
à un congé annuel payé d'au moins un jour
et demi de travail effectif par mois pour les salariés
de plus de 18 ans. A cette durée minimale, il convient
d'ajouter un jour et demi pour chaque période de 5 années
de service (accomplie en continu ou non). La durée totale
est plafonnée à 30 jours (art 232). Pendant le congé
annuel payé, le salaire est équivalent à
la rémunération que le salarié aurait perçue
s'il était en service (art 249).
Le
salaire
Le salaire doit être payé en monnaie marocaine nonobstant
toute clause contraire. Il doit être payé au moins
2 fois par mois, à 16 jours au plus d'intervalle, aux ouvriers
et au moins une fois par mois aux employés. Le salaire
minimum interprofessionnel garanti (SMIG) et le salaire minimum
agricole ont fait l'objet d'une augmentation le 7 juin 2004. Le
SMIG passe ainsi de 8,78 à 9,22 Dh/H et le SMAG de 41,36
à 47,77 Dh la journée. Les charges sociales s'ajoutant
à ces coûts de salaires sont de l'ordre de 17% de
la rémunération brute mensuelle.
L'âge
de la retraite
Tout salarié qui atteint l'âge de 60 ans doit être
mis à la retraite (art 526). Toutefois, il peut continuer
à être occupé après cet âge par
arrêté de l'autorité gouvernementale chargée
du travail sur demande de l'employeur et avec le consentement
du salarié. Les salariés arrivés à
l'âge de 60 ans ne pouvant justifier de la période
d'assurance fixée par le régime de sécurité
sociale peuvent bénéficier d'un report jusqu'à
la date à laquelle le salarié totalise cette période.
La
cessation du contrat de travail
Le CDD prend fin au terme fixé par le contrat ou par la
fin du travail qui a fait l'objet du contrat. La rupture avant
terme du CDD provoquée par l'une des parties et non motivé
par la faute grave de l'autre ou par un cas de force majeur donne
lieu au paiement de dommages et intérêts dont le
montant équivaut au montant des salaires correspondant
à la période allant de la date de la rupture jusqu'au
terme fixé par le contrat. Le CDI peut, quant à
lui, être interrompu sous réserve des dispositions
relatives au motif et au préavis.
Le
licenciement fondé sur un motif valable
Le licenciement ne peut être fondé que sur un motif
valable lié à l'aptitude ou la conduite du salarié
ou les nécessités de fonctionnement de l'entreprise.
Pour sanctionner des fautes non graves, l'employeur dispose d'un
éventail de mesures qu'il doit prendre de manière
graduelle. Lorsqu'elles sont épuisées dans l'année,
il peut procéder au licenciement (art. 38).
Fautes
graves du salarié et de l'employeur
Sont considérées comme fautes graves pouvant provoquer
le licenciement du salarié :
la divulgation d'un secret professionnel ayant causé un
préjudice à l'entreprise, le fait de commettre à
l'intérieur de l'établissement ou pendant le travail,
des actes tels que le vol, l'abus de confiance, l'agression corporelle,
le refus délibéré d'exécuter un travail
de la compétence du salarié, l'absence injustifiée
pour plus de 4 jours ou de 8 jours et demi pendant une période
de 12 mois etc. (art. 39). Sont considérées comme
fautes graves de l'employeur à l'encontre du salarié,
l'insulte grave, la pratique de toute forme de violence, le harcèlement
sexuel etc. Le fait pour le salarié de quitter son travail
en raison de l'une de ces fautes graves de l'employeur est assimilé
à un licenciement abusif.
En cas de rupture abusive du contrat de travail par l'une des
parties, la partie lésée a le droit de demander
des dommages et intérêts.
Le
préavis de licenciement
En l'absence de faute grave de l'autre partie, la rupture unilatérale
du CDI est subordonnée au respect du délai de préavis
dont la durée est réglementée par les textes
législatifs et réglementaires, le contrat de travail,
la convention collective, le règlement intérieur
ou les usages. Pendant ce délai, l'employeur et le salarié
sont tenus au respect de toutes les obligations réciproques
qui leur incombent. Le non-respect du délai oblige le responsable
du manquement à dédommager l'autre partie (art 51).
L'indemnité
de licenciement
Le salarié en CDI a droit à une indemnité
après 6 mois de travail dans la même entreprise.
Son montant est égal à : 96 h de salaire pour les
5 premières années, 144 h pour la période
allant de la 6ème à la 10ème année,
192 h pour la période allant de 11ème à la
15ème année, 240 h pour la période dépassant
la 15ème année (art 53).
Le
licenciement disciplinaire
En cas de faute grave, le salarié peut être licencié
sans préavis ni indemnité. Cette procédure
est cependant encadrée par un certain formalisme que l'employeur
devra respecter (art 62).
Le
licenciement économique
Le licenciement pour motifs technologiques, structurels ou économiques
ne peut intervenir que dans une entreprise de plus de 10 salariés.
La procédure est extrêmement encadrée (art
66 à 71).
Obligations
de l'employeur lors de la cessation du contrat
L'employeur doit remettre au salarié un certificat de travail
dans un délai maximum de 8 jours (art 72) et le "
solde de tout compte " (art 73).
Les
relations collectives
Les
négociations collectives
Les négociations ont lieu selon une périodicité
annuelle par secteur et par entreprise. La convention collective
de travail doit être déposée sans frais au
greffe du tribunal de première instance compétent
de tout lieu où elle doit être appliquée et
auprès de l'autorité gouvernementale chargée
du travail.
Le
droit de grève
Le code du travail ne contient aucune disposition relative au
droit de grève. La matière reste donc régie
par la Constitution (art. 14) et limitée par le dahir de
juillet 1957 relatif aux syndicats professionnels et l'article
288 du Code Pénal. Un projet de loi organique est en discussion
mais les tensions entre les partenaires (notamment sur la question
du préavis de grève) ont fait échouer le
dialogue. En l'absence de cadre d'exercice clair, la grève
reste souvent utilisée de façon abusive, notamment
pour contester des licenciements pour faute grave. Pour éviter
ces " débordements ", le patronat souhaite un
encadrement strict de ce droit.
L'inspection
du travail
Les
pouvoirs des agents
Les agents chargés de l'inspection du travail, sont autorisés
à pénétrer librement et sans avertissement
préalable à toute heure du jour et de la nuit dans
tout établissement assujetti à leur contrôle.
Ils peuvent notamment procéder à tous contrôles,
enquêtes et investigations jugés nécessaires
pour s'assurer que les dispositions législatives et réglementaires
sont effectivement appliquées. Ils rédigent ensuite
un rapport sur la visite effectuée qui est adressé
à la juridiction compétente et à la direction
du travail de l'administration centrale qui décide des
suites à donner à l'affaire.